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Un aspi de 66 ans, c'est possible ?

le Mar 26 Jan - 12:45
Bonjour, je suis un vieil aspi récemment auto-diagnostiqué, mais il y a peu de chances que je me sois trompé. Je suis simplement étonné, lorsque je parcours ce forum et d'autres sites consacrés au syndrome d'Asperger, de ne jamais entendre parler de l'existence de personnes âgées affectées par ce handicap. D'accord, je suis à la retraite et peut-être que le plus dur est fait (je veux parler de mes années d'activité) mais la difficulté demeure. Je serais intéressé par un échange par mail (je ne communique que comme ça) de préférence avec des gens de ma génération, mais pas seulement, pour me sortir un peu de mon isolement, parce que communiquer avec les gens normaux, je n'y arrive plus. Amitiés à tous. Philippe
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Re: Un aspi de 66 ans, c'est possible ?

le Dim 7 Fév - 9:47
Bonjour Philippe,

Je réponds peut-être un peu tard mais...
Logiquement, je ne vois pas pourquoi il n'y aurait pas d'aspis de 60 ans et plus ! Smile

Moi aussi je suis aspie. J'ai 26 ans. Et quand j'en aurai 60 et plus, je serai toujours aspie. Pourquoi serait-ce différent?
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aspi de 66 ans

le Dim 7 Fév - 13:11
Rébecca, ce que vous dites est juste; il n'y a pas de raison que le S.A. disparaisse avec l'âge. En fait, ma question était un peu provocatrice. Je m'étonnais du mutisme des gens de ma génération. En toute logique, il existe un certain nombre de personnes âgées qui sont concernées, mais on ne les entend pas, comme s'ils n'existaient pas (d'où ma question). Et par ailleurs les professionnels qui s'intéressent à cette question se concentrent presque uniquement sur le cas des S. A. jeunes. C'est évident que la demande d'aide est beaucoup plus forte chez les jeunes et leur famille, donc je comprends. Mais, en même temps, on ne peut pas connaître un phénomène sans l'explorer dans sa totalité. Je pense que le témoignage des aspis de plus de 60 ans est nécessaire.
En tout cas, merci Rebecca pour votre réponse. C'est la première fois qu'on répond à l'un de mes messages, et j'apprécie.
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Quelques hypothèses...

le Mar 9 Fév - 13:12
C'est vrai qu'on évoque trés peu les personnes âgées "aspis" ou dans certain livres, c'est quasi inexistant. En tout cas, le peu que j'ai lu là-dessus m'apparait trés "stéréotypé"...

Mais j'ai quelques hypothèses pour expliquer la quasi absence d'évocation des "aspi-grandpas" et 'aspi-grannies" (désolé, je m'amuse avec les mots, d'autant plus que l'anglais est maintenant ma première langue...).
- Certains d'entre-eux ont mené une vie "normale", on fondé une famille et ont eu -ou ont toujours- une vie bien remplie. Ils ont appris avec l'expérience comment vivre en société et passent quasiment inaperçus. Donc, ils considèrent que les obstacles qu'ils ont surmontés font et feront toujours partie de leur vie, que c'est normal pour eux. Donc, ils se demandent à quoi cela rimerait d'avoir un diagnostic...
- Certains se servent ou se sont servis de leur particularité pour s'exprimer ou apprendre de nouvelles choses. Ils se servent de leur talent pour socialiser, pour gagner leur vie. Comme la plupart des gens ne connaissaient pas le SA pendant une grande partie de leur vie, ils pensaient juste que ces personnes étaient "excentriques", que c'était dans leur trait de caractère. Aujourd'hui encore, leur entourage proche le pense. Donc, ces personnes âgées ne voient pas l'intérêt d'un diagnostic, pensant leur personne pourrait être réduite à un handicap, une déficience.
- Pour les mêmes raisons évoquées précedement, avoir un diagnostic pourrait pousser les proches de la personne âgée à "couper les ponts" avec elle. Ces proches n'accepterait pas que tout d'un coup, "Papi" ou "Mami", qui est réputé pour son caractère, ses humeurs, ses hobbies voire ses spécificités mais "qu'on aime bien quand même" soit réduite à un diagnostic qui le ou la déshumanise. Donc, certaines personnes âgées ne veulent pas recevoir de diagnostic par peur de perdre leur famille ou leurs amis.
- Ces dernières années, beaucoup d'adultes entre 20 et 50 ans qui ont traversés des moments difficiles se font diagnostiquer sur le tard. C'est pour cela qu'on parle plus d'eux.

Enfin, voilà mes hypothèses...
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aspi de 66ans

le Mar 9 Fév - 14:18
Je crois aussi que les choses se passent comme vous dites, la plupart du temps. Et c'est très intéressant que vous évoquiez les "grandpas" et "grannies", parce que c'est précisément au moment où je suis devenu papi pour la première fois que j'ai commencé à me sentir vraiment mal dans ma famille et que j'ai fui, pour me réfugier dans un studio, loin du domicile conjugal. J'ai clairement formulé que je ne pouvais pas assumer le rôle de papi, avec tous ses stéréotypes. Je ne voulais pas m'emprisonner dans ce rôle. J'ai été un papa tout à fait investi, pendant une trentaine d'années, mais là, c'était trop me demander. Je crois que j'ai payé d'un seul coup tous les efforts et tout le stress accumulés pendant toutes ces années, tant dans ma vie familiale que professionnelle. Efforts payants, puisque j'ai toujours réussi à faire croire que tout allait bien, à part quelques petits accidents dépressifs assez communs. Mes difficultés sont à peu près "passées inaperçues", comme vous dites, et je n'arrivais pas moi-même à leur trouver une cause. La solitude a été un vrai soulagement. J'ai commencé à soupçonner le S.A. en voyant certains témoignages d'aspies en vidéo, en lisant un livre de Tony Attwood, puis d'autres documents sur le sujet. J'ai fait un test, listé les symptômes les plus couramment cités, et je me suis retrouvé là-dedans à 80%. Cela m'a soulagé de pouvoir écrire à mes enfants : voilà, c'est cela dont je souffre. Ce n'est pas parce que je ne vous aime pas que je je vous ai quitté. C'était une sorte de "coming out". Ils ont accepté cette explication. De toute façon, je n'en ai pas d'autre pour expliquer que, après bientôt quatre ans de vie solitaire, sans contact avec mes voisins ou juste un mot par-ci par-là, je continue à aimer ma solitude. Je n'ai maintenu que des échanges par mail, parce que l'écriture me laisse le temps d'organiser mes idées. Donc, j'aime écrire, et j'aime correspondre de cette façon. Donc, merci à vous de m'en donner l'occasion.
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Re: Un aspi de 66 ans, c'est possible ?

le Mar 9 Fév - 16:33
Pour ma part, je n'en suis pas encore là. Cependant, comme n'importe qui, j'aspire à trouver "la bonne moitié" avec qui je ferai ma vie et fonderai une famille. En même temps, rien que de penser à ma vie sexuelle m'angoisse...
Eh oui, aprés avoir passé des années à chercher un semblant de "normalité", il se passe une cassure. J'ai l'impression que c'est ce que vivent la plupart des aspergers diagnostiqués sur le tard. Non pas que je regrette de l'avoir su qu'une fois adulte, loin de là...

La cassure s'est produite aprés une vie professionnelle chaotique. Métaphoriquement parlant, je naviguais tant bien que mal dans les eaux troubles (marrant, j'étais dans la Marine Nationale à ce moment-là) jusqu'au moment où... CRAC... j'ai heurté un rocher. Ou du moins, une montagne. J'avais 23 ans.

Je n'avais pas compris pourquoi ces gens me qualifiaient de personne "instable".
Je n'avais pas compris pourquoi ils accordaient tant d'importance aux pauses café et aux petites conversations banales.
Je n'avais pas compris pourquoi les gens ne comprenaient pas mon temps d'avance par rapport à eux pour observer et percevoir mon environnement. Je voulais juste les aider.
Je n'avais pas compris pourquoi le médecin militaire a qualifié mon comportement d'autistique.
Je n'avais pas compris pourquoi le psychiatre de la base militaire m'avait "traité d'asperger".

Puis, croyant que ces gens avaient tort, j'ai cherché un diagnostic de spécialistes dans le civil. Je voulais leur clouer le bec, leur dire que je n'étais pas autiste. Et, en voyant les résultats, j'ai déchanté.
Le 22 juin 2012, le psychiatre me dit que je suis asperger et HQI. Mais qu'il ne faut pas que je pleure parce que ma vie n'est pas fichue.
Le 01 septembre 2012, je quitte l'armée parce qu'ils estime que je suis bonne pour aucune autre specialité. Tout ça parce qu'ils me disent "autiste".

Puis j'ai eu un "burn out" social pendant deux ans. Hors université (j'avais repris mes études), ma vie sociale rimait avec internet et fora. Je vivais chez ma mère mais les conflits étaient quotidiens...

Maintenant, j'accepte qu'asperger fasse partie de ma vie. C'est juste une part de moi, qui explique certains aspects de ma personnalité.
Aujourd'hui, je suis prof pour une association qui oeuvre pour les pays en voie de dévelopment et je plus perçue comme "l'originale" ou "l'excentrique" pour mes méthodes d'enseignement et ma façon de résoudre les problèmes, mes conversations...
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Re: Un aspi de 66 ans, c'est possible ?

le Mar 9 Fév - 18:22
Pas étonnant : L'armée, c'est un des environnements les plus rigides, du point de la mentalité. Et dans un sens, c'est normal : l'esprit de corps, c'est essentiel pour réussir le genre de missions que l'on confie aux militaires. Mais ça ne convient pas à tout le monde. Perso, je me suis fait des copains parmi les appelés, pendant mon service militaire, parce que nous venions d'un peu partout et de tous les milieux socio-culturels; c'était le grand brassage. Dans ces conditions, on trouve toujours plus original que soi. Mais, sauf exceptions, les militaires de carrière nous tenaient à distance, et réciproquement. Les ONG, l'enseignement, ça doit vous convenir beaucoup mieux. Je connais des gens qui nous envient pour notre originalité et notre facilité à suivre des études, enfin tant que ça reste théorique. Parce que dès qu'il s'agit de passer à la pratique... Je parle pour moi, mais je crois partager cette difficulté avec pas mal de monde ici. Donc, l'enseignement, pour moi aussi c'était une libération après la poste et les travaux publics. On y cultive la tolérance à l'égard des différences. D'ailleurs, pendant ma formation au métier d'instit (prof des écoles) ils n'ont jamais soupçonné mes difficultés. C'est après que j'ai eu plus de mal, comme d'habitude. Mais bon, c'est passé, et les enfants n'ont pas été traumatisés de m'avoir comme prof. D'ailleurs, j'ai souvent changé d'établissement pour leur permettre de connaître d'autres enseignants. J'ai au moins cette capacité de ne pas avoir peur des changements, contrairement à beaucoup d'aspies, je crois. Mais si les collègues ont été compréhensifs, le système "Education Nationale" est, lui, très rigide. Bref, il a fallu que je m'accroche pour ne pas jeter l'éponge avant la fin et pouvoir ainsi profiter d'une retraite correcte.
Pour ce qui est de la vie sexuelle, ce n'est pas ce qui m'a décidé à chercher ma moitié, mais bien l'envie de fonder une famille et la recherche d'une stabilité sociale. Et pour ça, le mariage, c'est parfait. Ma femme étant plus sociable que moi, c'est elle qui a attiré les amis et les connaissances. Et aussi les enfants qui nous mettent naturellement en contact avec les parents de leurs copains et copines, jusqu'à l'adolescence et même après. Bizarrement, je suis un solitaire qui a aimé fréquenter d'autres personnes, enfin dans ce cadre-là où je ne suis plus moi mais le père de Laurène et Fabien et le mari de Layla. Quant à la sexualité stricto sensu (si j'ose dire !), je suis plutôt content d'être débarrassé de cet esclavage (le mot est de Michel Galabru) qui oblige à pas mal de compromissions. N'étant pas tenté là où je suis actuellement, ça ne manque pas du tout.
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Re: Un aspi de 66 ans, c'est possible ?

le Jeu 11 Fév - 10:29
Ce que vous dites sur la vie de couple et la sexualité me rassurent. Mais à part les personnes âgées, il manque des témoignages sur la vie de couple et la sexualité chez les asperger. Ou le peu qu'il y a, c'est toujours la même situation : c'est l'homme qui est asperger et la femme qui est neurotypique. Qu'est-ce qui se passe quand c'est l'inverse?
Ou c'est trop stéréotypé. Le mari asperger est dur à supporter. Il ne montre pas suffisemment son affection ou sa tendresse... Je suis sûr qu'il y a d'autres choses, ou des choses carrément différentes.

Au fait, vous avez enseigné quelle matière? A quel niveau?
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La sexualité chez les aspis

le Jeu 11 Fév - 16:18
Oui, et ce serait intéressant de lancer une nouvelle discussion sur ce sujet. Il y pourrait y avoir des retours d'expérience de nature à repérer des régularités dans les comportements. Mais je crois quand même que, dans ce domaine plus que dans tout autre, les traits de caractère propres à la personne jouent un rôle majeur au point qu'il doit être difficile (mais pas impossible ?) de savoir ce qui relève du handicap. Je crois que c'est vous d'ailleurs qui, répondant à Isabelle56 sur un autre sujet, aviez évoqué cette importance de la personnalité à prendre en compte afin de ne pas toujours tout renvoyer à un problème de S.A. Déjà, mélanger sexe et sentiments n'est pas forcément pertinent. Le sexe agit comme un conditionnement primaire très puissant qui oblige à chercher à tout prix un ou une partenaire, souvent sans discernement, car il y a urgence. Le besoin d'aimer et d'être aimé est tout aussi puissant et fondamental mais ne se situe pas au même niveau. Il concerne le corps émotionnel, alors que le sexe se limite essentiellement au ressenti physique. Cette distinction entre corps physique et corps émotionnel (mais aussi corps mental, corps spirituel), n'est pas de moi. Mais je la trouve bien utile pour essayer d'y voir un peu plus clair dans notre comportement. Selon cette théorie, tous ces corps sont en relation étroite les uns avec les autres pour former l'unité que nous sommes, et il n'est pas toujours facile de faire la distinction. Une personne équilibrée devrait pouvoir faire la synthèse de ses désirs, satisfaire en même temps les besoins du physique et de l'émotionnel. J'ai tendance à penser que les aspis (aspies ?) sont, plus que d'autres, focalisés sur le troisième niveau de notre personnalité, le corps mental. Et comme on ne peut pas ignorer les besoins du niveau physique, besoins liés au cycle hormonal, c'est le niveau émotionnel qui est sacrifié dans cette histoire. D'où la réputation de froideur émotionnelle des S.A.
Par ailleurs, je remarque que chez les neurotypiques, la focalisation est, pour les hommes très souvent centrée sur le physique et, pour les femmes, davantage sur l'émotionnel. Il y a souvent une incompréhension dans les couples N.T. à cause de cela. Donc, pour en revenir à notre sujet, une femme S.A. hétéro aura plus de chances de tomber sur un partenaire physiquement centré, et l'aspect émotionnel de la relation risque de passer à la trappe.
Savoir cela est sans doute utile, mais il ne faudrait pas y attacher trop d'importance car la vie est imprévisible et se plaît à déjouer tous nos calculs (j'ai aussi une théorie sur cette question, mais ça ferait trop pour un seul post). Le mieux, dans tous les cas, est de rencontrer des personnes où les trois corps, le physique, l'émotionnel et le mental, fonctionnent en harmonie.
Ma carrière d'enseignant a commencé à quarante ans par une formation de 2 ans dans une E.N.I., école normale d'instituteurs. Juste après, il y a eu la mise en place des I.U.F.M., instituts universitaires de formation des maîtres, recrutement niveau bac + 3., et création du statut de professeur des écoles. J'ai donc enseigné pendant quinze ans en école élémentaire, et les trois dernières années dans l'enseignement spécialisé suite à une dépression. La dépression est monnaie courante chez les profs, donc je ne me suis pas senti vraiment différent des autres à cette occasion, et l'administration est habituée à gérer ces problèmes. Avant cet épisode douloureux, j'avais essayé d'intégrer l'enseignement secondaire en préparant une licence d'espagnol L.L.C.E. à distance, suivie par une année de maîtrise (actuellement master I) en présentiel, grâce à un congé de formation de neuf mois. Pas de souci pour la maîtrise, mais échec à mon concours du CAPET (enseignement technique spécialité français et espagnol). Du coup, j'ai dû continuer à enseigner en primaire, ce qui ne m'amusait déjà plus beaucoup.
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Re: Un aspi de 66 ans, c'est possible ?

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