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Témoignage sur le fils de mon compagnon que je trouve différent des autres jeunes

le Lun 1 Juil - 13:06
Bonjour,
Je voudrais demander vos conseils après le témoignage ci-dessous qui est un peu long (je m'en excuse !)...
Je suis la compagne depuis 5 ans d'un homme (qui a perdu son épouse il y a 6 ans et demi maintenant).
Ils ont eu 2 enfants ensemble: une fille de 28 ans avec qui je m'entends bien et un garçon qui a le même âge que mon fils aîné (23 ans) mais les relations avec lui sont plus compliquées. NB J'ai un autre garçon de l'âge de 20 ans. Je ne nommerai pas les uns et les autres pour respecter leur vie privée.
Le garçon de mon compagnon (que j’appellerai par le nom fictif de Paul) venait d'échouer à son baccalauréat quand j'ai connu son père en 2008, mais il a obtenu son bac l'année d'après avec quelques cours particuliers pour le soutenir. Vu le fait qu'il avait perdu sa maman qui s'occupait beaucoup de lui (après un an de maladie), je trouvais normal qu'il passait énormément du temps enfermé dans sa chambre et qu’il avait du mal à réussir le bac. J’ai conclus qu’il mettait sans doute du temps à faire son deuil. J’ai appris assez tôt qu’il avait déjà rencontré des difficultés scolaires avec des classes redoublées avant la maladie de sa mère qui l’avait amené chez un psychologue qui avait dit qu’il était normal (mais entre une mère très protectrice et un père trop sévère). Mon 2ème fils avait fait des séances chez un psychiatre après mon divorce avec son père, alors,j’ai considéré que tout le monde peut avoir des problèmes à des moments donnés…

Mais cela fait 5 ans que je suis avec son papa dont 4 ans de vie commune (où chacun avait vendu sa maison pour s'installer ensemble). Je comprenais bien qu'il faudrait du temps pour que ses enfants m'acceptent, mais le fait de vivre une partie du temps sous le même toit avec Paul en 2009-2010 après son 1er abandon d'études de BTS d’Informatique au bout de 6 semaines suivi d'une opération lourde sur son mâchoire m'a amené à le côtoyer de plus près &  à commencer à sentir à quel point je le trouvais différent des autres jeunes.
Déjà, il avait verbalement et presque physiquement agressé une professeure de BTS parce qu’elle avait dû insister sur ses mauvais résultats et sur son manque d’implication et cela l’avait mis très en colère tout d’un coup. NB A la maison, il faisait semblant que tout allait bien avant le coup de téléphone du CPE pour demander les raisons de son abandon. Nous sommes tombés des nus ! Je passe sur d’autres détails intéressants (l’impression qu’il n’avait pas compris l’effet d’un tel comportement agressif sur son entourage… la façon dont son père a rattrapé le coup avec le lycée & l’agressivité du père vis à vis de moi car la professeure agressée était une ancienne collègue à moi, et j’avais honte & j’aurais voulu que Paul s’excuse auprès de moi aussi, mais je n’ai pas obtenu gain de cause.

Paul a travaillé ensuite quelques mois chez McDonald’s, installé dans son appartement dans une ville proche (où il devait faire son BTS). Aucun problème, si ce n’est qu’il s’est fait cambrioler, et il soupçonnait un collègue de travail (on n’a jamais su…). Deuxième inscription pour un BTS
Banque dans une ville du Nord après beaucoup de temps de recherche avec son père qui s’est investi pour l’aider à établir un projet personnel.

Dès les vacances de la Toussaint en 2010-2011, il y avait des signes que tout ne tournait pas rond chez Paul (il marchait de manière maladroite, se tenait bizarrement, était trop exubérant, puis abattu, fuyait des échanges sur ses études…). Il a eu plusieurs PV pour excès de vitesse, mauvais staionnement. On lui a soi-disant volé les clés de notre appartement  qu’il avait laissé dans la voiture (il a fallu changer toutes les serrures à la maison)… Son père n’a pas voulu creuser la question de ce qui se passait pour ce 2ème BTS & se montrait plutôt défaitiste : ‘De toute façon, il ne l’aura pas’. Donc, Paul maintenait un comportement cachottier vis-à-vis de ses difficultés avec la complicité du père… et la nette impression pour ma part que je m’intéressais aux problèmes qui ne me concernaient pas. Une « étrangère » qui s’ingérait dans les affaires de famille.
C’est au printemps 2011 pendant les vacances de Pâques que j’ai exprimé mon ras-le-bol que Paul refusait de m’écouter si je lui demandais d’aider à mettre la table (comme j’avais demandé à mon 2ème fils de passage ce week-end-là). Il cherchait à faire semblant de ne pas avoir entendu (un peu couvert par son père…) et j’ai explosé. Mon compagnon voulait que je ne fasse pas de scène mas je n’en pouvais plus. Son papa aimerait tellement maintenir les non-dits et ne jamais parler de ces choses-là… Par exemple, j’avais senti que Paul n’avait pas apprécié que son père se pacse avec moi en 2010 (très discrètement & sans fête en famille, je précise) & son père disait que j’étais paranoïaque… Je suis partie avec mon fils pour la journée.
De retour, Paul m’a offert un bouquet de fleurs… il avait longuement discuté avec son père, sa sœur, son cousin & sa femme pendant mon absence sur beaucoup de choses le concernant. Paul m’a avoué qu’il avait peur que je cherche à remplacer sa mère, ce qui n’était absolument pas le cas… qu’il était trop tôt pour qu’il s’adapte à ma présence (après 2.5 ans), que je pourrais peut-être me « marier avec son père dans 4 ou 5 ans ». J’étais plutôt soulagée qu’il me parle honnêtement & cet incident nous a permis de repartir sur des bases relationnelles plus saines. Cette franchise m’a aidée  quand la nouvelle est tombée en fin de 1ère année qu’il avait abandonné le BTS Banque.
Cet été-là, il est resté un peu tout seul à la maison (chez lui chez nous).
C’était très gênant car son père est venu avec moi & mes deux garçons en Angleterre pour passer une semaine avec ma famille… Le problème, c’est que le père de Paul voulait un peu ‘marquer le coup’ en le laissant à la maison mais était forcément mal de se retrouver avec ma famille sans son fils. NB Sa fille était en vacances avec son petit ami… pas de problème à ce niveau-là. Par ailleurs, ma mère a très vite pris Paul en grippe car elle le trouve étrange. Il a parfois déjà du mal à communiquer en groupe en français, alors en anglais, n’en parlons pas… Les autres membres de ma famille sont un peu plus tolérants que ma mère mais bien sûr, il est difficile pour moi d’en faire part à mon compagnon. Nous sommes retournés avec Paul & sa sœur en Angleterre sans mes garçons d’ailleurs mais nous restons toujours à l’hôtel et peu de temps avec les parents car je sais que Paul a du mal à s’intégrer et que l’attitude de ma mère me gène (mais elle s’entend très bien avec sa grande sœur). Une situation délicate, en effet.

Pendant les vacances d’été 2011, nous descendons dans le sud de la France passer une soirée dans la belle-famille de mon compagnon (la famille de son épouse)  juste après le passage de ses enfants. Paul avait traité sa sœur de ‘salope’ plus tôt dans la semaine car elle voulait qu’il s’intègre un peu à la vie de groupe et donne un coup de main pour débarrasser la table… Une discussion s’ensuit entre les membres de la famille sur le comportement agressif et l’attitude fuyante de Paul, & le nouveau compagnon de sa tante ose formuler l’idée que Paul pourrait présenter des caractéristiques d’un autiste, et je me permets de confirmer que je suis d’accord avec lui. La tante me signale que la mère de Paul lui avait dit un jour que « Cela la tuerait si son fils ne réussissait pas ». Nous avons rapidement changé de sujet car l’ambiance devenait un peu pesante, et le père de Paul restait muet sur les remarques des uns et des autres.

Suite à ces échanges, j’ai acheté un guide complet sur le syndrome d’Asperger écrit par Tony Attwood, que j’ai acheté dans sa version française exprès pour essayer d’intéresser mon compagnon à la lecture de cet ouvrage fort intéressant sur le sujet. Mais pourquoi avoir pensé que Paul pouvait entrer dans la catégorie des « Aspies » ? J’avais lu quelques années auparavant un roman dont le narrateur souffre de ce syndrome « The curious incident of the dog in the night » de Mark Haddon (2003)… et je savais que les Anglais étaient « en avance » pour le dépistage de ce type de handicap social. Les échanges scolaires que j’organise m’ont amené aussi à cotôyer des collègues anglais habitués à s’occuper de jeunes Asperger ou autistes. J’ai vu un jeune Aspie dans un groupe scolaire en septembre 2011 justement, ce qui m’a prouvé que ces jeunes pouvaient très bien être dans un lycée « normal » & réussir sur le plan scolaire avec de l’aide. Leur handicap était plutôt d’ordre social, comme c’était le cas de Paul… mais l’interaction fait partie de l’apprentissage aussi, et c’est justement au moment des études post-bac que les difficultés de Paul se sont accentuées.

Le 3ème projet de formation a été construit avec une aide encore plus importante du papa de Paul & de ses collègues proches et dans la même ville que nous. Paul avait décidé de se lancer dans une formation d’un an pour devenir maitre nageur. Il a toujours adoré nager et son père a fait jouer son réseau pour qu’il soit inscrit pour la rentrée 2011-2012 et bien entouré de collègues d’EPS soucieux de lui donner un coup de pouce. Le retour des collègues est intéressant : ils signalent les coups d’angoisse devant certaines activités où l’imprévu a une grande place, Paul est ‘blanc comme un linge’ quand les échéances d’évaluation approchent ; il perd tous ses moyens. Ce sont ces mêmes collègues qui ont néanmoins permis à Paul de décrocher son BSSA (diplôme de surveillant de baignade) alors qu’il rate son stage & l’évaluation de maitre nageur.
Les signes s’accumulaient encore une fois sur le stresse que vivait Paul (téléphone mobile ‘perdu dans ma voiture’… impossible de lui parler au téléphone pendant plusieurs semaines à la période de Pâques 2011, il fallait aller le voir directement ou communiquer par Facebook ( !) Le GSM a refait surface après 3 semaines. Il critiquait beaucoup le directeur de formation, le traitant de charlot, un peu avec la complicité du père encore une fois, qui refusait d’aborder avec moi la question du syndrome dont pourrait souffrir son fils, ni la volonté de jeter un coup d’œil au guide de Tony Attwood. Paul constate lorsque son père le coince (car il ne s’est pas présenté pour une épreuve) que « Il n’y a qu’avec les copains que ça marche ». D’ailleurs, je m’accrochais à l’idée qu’il voit régulièrement des ‘potes’ pour me dire qu’il ne souffrait peut-être de rien au-delà d’une grosse crise d’ado attardé !

En juin 2012, j’ai exigé (il n’y a pas d’autres termes), que Paul retourne voir le psychiatre qu’il avait consulté plus jeune. NB J’ai passé les six premiers mois de l’année 2011 à régulièrement voir ce médecin car nous avions des problèmes de couple dus en partie à cette mésentente. Je souffrais de plus en plus de la situation et envisageais sérieusement de rompre avec son père.
J’ai cessé de voir le médecin au moment où Paul a démarré des séances. Mais j’avais menacé de ne pas partir en vacances avec son père s’il n’arrivait pas à le convaincre de parler avec un expert de ses difficultés. Dans l’ouvrage de Tony Attwood, j’ai appris que le père peut aussi souffrir du syndrome d’Asperger, et je pense sincèrement que cela pourrait être le cas de mon compagnon, au vu de sa réticence à réagir vis à vis des difficultés de son fils (au-delà de l’atteinte à sa fierté, d’où la recherche systématique de fautifs hors du cercle familial). En tout cas, quel plaisir de constater l’amélioration de l’état de Paul : plus souriant, plus ouvert avec une meilleure estime de soi… cet espace de parole était positif pour lui.

Il travaille tout l’été 2012 au centre de la France comme surveillant de baignade accompagné par un copain de notre ville. Je pars avec son père pour passer un super été qui nous a ressoudé & voilà Paul parti en septembre 2012 pour refaire une année de formation avec le CREPS de la ville voisine, une nouvelle tutrice de stage dans une autre piscine (il a trouvé son stage par lui-même). Paul était investi dans sa formation, beaucoup moins fuyant par rapport à son vécu hebdomadaire et semblait gagner en confiance même si le responsable pédagogique de CREPS lui a demandé s’il comprenait tout car il répond souvent très lentement. Tout semble bien se passer donc jusqu’à  l’approche des échéances d’évaluation où il perd de nouveau ses moyens. Les relations avec sa tutrice et les autres maitres nageurs se sont dégradées entre le 1er groupe d’épreuves pratiques et le rattrapage prévu fin mai 2013. Je signale que Paul a réussi sa séance d’aquagym avec les ‘mamies’ mais il n’arrive pas à appliquer les séances scolaires qu’il prépare avec soin sur le papier.
Cela m’a fait penser aux difficultés des Aspies de gérer l’imprévu… En tout cas, rien ne va plus au moment du rattrapage où il  se trouve confrontée à l’incompréhension de sa tutrice remontée contre lui selon les termes de l’homologue du père de Paul appelée à faire partie du jury de rattrapage… et sans doute gênée de devoir expliquer au téléphone  pourquoi elle a du recaler le fils d’un collègue. Est-ce normal qu’un père soit obligé de suivre son fils de la sorte à l’âge de 23, bientôt 24 ans ?

En tout cas, voilà Paul parti dans le sud qui a trouvé un travail comme surveillant dans une colonie après avoir suivi un séminaire pour être animateur où on ne l’avait pas retenu (ce qui ne m’étonne pas vu ses difficultés en interaction). Il a donc trouvé par lui-même un travail (ce que mon 2ème fils est encore incapable de faire, je précise !). Chapeau, donc… mais Paul veut se relancer dans une année de formation pour devenir maitre nageur… peut-être au CREPS de Montpellier. Cependant, va -t –il réussir une 3ème fois ayant acquis de l’expérience ? Son père voudrait croire qu’il est « dans une phase » (comme mon 2ème fils qui ne veut pas se confronter à la réalité de trop près) & que quand il aura le déclic, tout ira bien.
Moi, j’en ai assez de devoir vivre les tensions que ces échecs successives engendrent. Mon compagnon ne veut toujours pas envisager que son fils pourrait avoir un handicap nécessitant l’aide de professionnels. Pourtant, dans notre entourage, bon nombre de personnes confirment qu’elles trouvent Paul différent (la voix monocorde, son langage châtié, son insistance sur l’importance de la forme sur le fond, sa démarche physique maladroite, le fait qu’il soit souvent en retrait en groupe…). Personne ne dit directement au père ces choses-là. Sa sœur parle plutôt de son sale caractère depuis des années. Mais bien sûr, ils aiment Paul !
Je ne demande pas mieux que ce soit moi qui me trompe. Paul est simplement en crise (post-) adolescente. L’année prochaine il réussit son diplôme, commence à sortir avec des filles, gagne sa vie. Mais qu’est-ce qu’il faut faire s’il échoue encore ? Je n’arrive pas à me désintéresser du sort du fils de mon compagnon, mon métier de professeur fait que je côtoie beaucoup de jeunes…je suis mon instinct sur ce que je ressens par rapport à Paul & à ses besoins.
Je sais très bien que les Aspies peuvent s’épanouir dans leur vie personnelle et professionnelle, une fois qu’ils comprennent comment minimiser les difficultés auxquelles ils sont confrontées. Si Paul ne souffre pas de ce syndrome, je voudrais l’entendre de la bouche d’un expert autre que le psychiatre qu’il a fréquenté cette année qui, selon son père, a dit que Paul était tout à fait normal. A moi, le psy a dit en juillet  2012 qu’il était urgent que Paul réussisse quelque chose en dehors du père » et qu’il souffrait d’un grand manque de maturité.
Mais on dit que la France est en retard pour le dépistage de ce syndrome. Les médecins ne sont pas formés ( ?) On n’aime pas ce handicap difficile à déceler chez certains (?)
J’ai commandé sur le conseil d’une copine le livre «Je suis né un jour bleu » de Daniel Tamett pour essayer de comprendre comment pense un Aspie. La belle-fille âgée de 13 ans de cette copine a été dépistée comme ayant le syndrome d’Asperger. Cette amie pense que Paul a quelque chose qui ressemble a ce qu’elle voit chez sa belle-fille. On pourrait se tromper toutes les deux. C’est du « délire », mais, une chose est sûre, je ne peux plus rester toute seule avec la conviction  que Paul souffre de quelque chose que sa famille ne veut pas voir.

Merci beaucoup de votre patience et toutes vos remarques.
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Re: Témoignage sur le fils de mon compagnon que je trouve différent des autres jeunes

le Lun 8 Juil - 9:57
Bonjour,

Merci pour ton témoignage.
En même temps tu ne parles pas beaucoup du syndrome en dehors d'une parenthèse.
Mais quand je te lis, je me dis qu'il y a en tout cas une souffrance famliliale et ue la thérapie familiale pourrait être une solution ? peut-être que du coup le père accepterait de parler de choses qu'il se cache ? En tout cas cet enfant prend à mon avis trop de place dans ta vie de couple et ce n'est pas normal que tu en souffres et que tes relations avec ton jules en souffrent !
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Re: Témoignage sur le fils de mon compagnon que je trouve différent des autres jeunes

le Lun 8 Juil - 15:42
Merci pour tes réactions DRK. Nous avions vaguement entamé une thérapie de couple l'année qui a précédé les séances suivies par Paul en 2012... mais mon compagnon a vite abandonné sa participation. Le psy disait qu'il allait me laisser faire le travail & modifier son comportement en fonction du déroulement de mes séances ("corriger son comportement" est le terme qu'il a employé, je crois). Un peu fou, mais utile !  Il n'a jamais été question de thérapie familiale jusque là, par contre. Ce serait sans doute une bonne idée. Pas à l'ordre du jour pour le moment, en tout cas.

Quant aux raisons pour lesquelles j'ai pensé que Paul présentait des signes de problèmes psychologiques, je vais essayer de te les expliquer ci-dessous. Au départ, je n'avais jamais entendu parler explicitement du syndrome d'Asperger. Je crois que c'est ma mère qui m'a demandé s'il n'était pas autiste après un séjour ensemble dans les Alpes noël 2009 (c'était le 3ème voyage où Paul était en contact avec mes parents, et il était évident qu'il était systématiquement en retrait dans le groupe... mais c'était un peu pareil chez nous aussi sauf quand il se sentait très en sécurité, avec son cousin, par exemple, mais son attitude paraissait quand même très immature). Par la suite, j'ai commencé à me documenter sur le net... Mes garçons étaient d'accord avec moi que Paul rencontrait certaines difficultés psychologiques mais ils insistaient pour que je reste en dehors de cela car il fallait laisser son père l'aider (conseil valable mais difficile à respecter !). Ils voyaient bien les tensions à la maison quand mon compagnon était préoccupé par les difficultés de son fils mais cherchait surtout à cacher tout cela devant nous, l'autre famille. Il arrivait souvent que mon compagnon se confie à moi cependant pour me faire part de ses difficultés pour gérer son fils tout seul, mais il ne voulait surtout pas entendre parler de syndrome, et devenait mauvais si je cherchais à le convaincre de se documenter un peu pour se faire une idée par lui-même ou pour trouver des arguments pour me prouver que j'avais tort !

C'est la voix de Paul que j'ai très vite trouvé différente : un ton de voix particulier & une intonation inhabituelle... au début, dans la maison de ses parents, quand il sortait après de longues heures passées seul devant l'ordi dans sa chambre, il récitait régulièrement à voix très haute des expressions relevées chez les professeurs et cela le faisait beaucoup rire. Il avait une façon un peu 'vieille France' de s'exprimer comme un ami a qualifié sa manière de parler qui est inhabituelle pour un jeune avec un vocabulaire un peu soutenu & parfois pédant. Il marchait maladroitement par moments, et tenait ses mains bizarrement.
Il mangeait & buvait toujours les mêmes choses, et il fonctionnait beaucoup par rituel (toujours acheter un kebab au même restaurant quitte à traverser toute la ville pour y aller). Beaucoup de jeunes ont un régime "limité", tu me diras, mais c'est l'attachement de Paul à la routine et aux rituels dans ce domaine et d'autres qui m'a frappé.
Il n'exprimait pas d'opinions personnelles mais répétait toujours l'avis de son père. Il était très difficile d'avoir une conversation avec lui qui me paraissait naturelle. Cela tournait court, ou bien, on répétait toujours les mêmes choses à chaque fois. En revanche, il pouvait parler assez longuement sur un thème qui l'intéressait comme les voitures  de sport ou le football (ce qui a permis à Paul de lier connaissance avec mon 2ème fils, amateur de foot aussi !), mais il était difficile d'échanger avec lui. Il préférait dire ce qu'il avait à dire, et c'est tout. Il ne s'agissait pas de converser sur le thème.

Il avait tendance à énerver son entourage. Si mon 2ème fils voulait buller seul dans sa chambre, il n'arrêtait pas d'y rentrer pour essayer de le convaincre de faire un jeu vidéo, par exemple, et il poussait loin jusqu'à ce que l'autre s'énerve vraiment, ce qu'il semblait trouver amusant. Disons que son comportement ne cadrait pas avec son âge. On lui aurait donné au moins 5 ans de moins au niveau de certaines de ses réactions. Il embêtait régulièrement l'ex petit ami de sa sœur, et a persisté à le vouvoyer jusqu'à la fin de leur histoire (ils sont sortis ensemble pendant 10 ans quand même !).

Peut-être l’événement qui a vraiment fait tilt, c'est lors du déménagement de la maison parentale (forcément une situation douloureuse). Il a été le seul membre de la famille à rester complètement en dehors de ce gros changement (& je comprenais qu'il fallait respecter cela). Il a demandé par contre que sa chambre soit restituée exactement de la même manière que dans l'ancienne maison avant de pénétrer dans le nouvel appartement. Je crois qu'il aurait été vraiment mal si on n'avait pas appliqué cette condition. Son attachement à la routine m'a ensuite sauté aux yeux.
J'ai compris qu'il n'arrivait pas à s'organiser pour son travail scolaire (alors qu'il assure super bien les job d'été style arriver au travail de façon ponctuelle, assurer des tâches à exécuter (remplir des cubis avec du vin, faire des hamburgers, surveiller des baigneurs...). En tout cas, assurer des tâches d'un étudiant lui posait des difficultés alors qu'il a une excellente mémoire. Il était dans le déni & se montrait presque arrogant quand quelqu'un le mettait devant l'évidence de ses difficultés. Il n'était pas question pour lui d'aborder ses difficultés à la maison non plus. Il fuyait en claquant la porte. E il a encore fui en claquant la porte cette année lorsque les maîtres nageurs & sa tutrice ont voulu le secouer un peu quand il a commencé à lâcher prise après avoir raté plusieurs épreuves (avant la rattrapage). Mon compagnon a bien lu le livret de stage & reconnait que sa tutrice a vraiment fait un travail de pro pour préparer Paul à l'examen. La tutrice voulait sans doute faire réagir Paul en le grondant avec ses collègues afin qu'il déploie tous ses moyens pour réussir le rattrapage, mais Paul n'a pas compris, ou bien ce sont les autres qui n'ont pas saisi ce qui se passait dans la tête de Paul à ce moment-là.

J'ai peur que ce scénario ne recommence éternellement ! Eh oui, notre vie de couple est largement affectée par cette situation par manque de communication sereine sur ce sujet entre son père et moi-même. Merci encore une fois de ton empathie, DRK ! Cela me donne des forces de reconnaître qu'il s'agit d'une souffrance... & de peut-être essayer de mieux voir les choses du point de vue de l'autre. Pas toujours facile, hein ?!
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Re: Témoignage sur le fils de mon compagnon que je trouve différent des autres jeunes

le Mer 10 Juil - 12:20
Non pas facile.... c'est déjà difficile quand tu es la mère et que le père ne veut pas voir mais quand ce n'est pas ton enfant... difficile d'amener le père à accepter.
Je ne suis pas une spécialiste d'Asperger, peut-être que ton beau-fils a des traits autistiques, peut-être qu'il a des soucis d'ordre plus neurotiques mais c'est agaçant que le psy n'ait rien vu...
On ne peut pas aider les gens s'ils ne veulent pas s'aider eux-mêmes et en même temps c'est terrifiant de les voir "courir à l'échec en chantant" (expression d'un de mes collègues prof en zone sensible). Peut-être que tu devrais laisser tomber un moment, tu as planté des graines, elles feront peut-être leur chemin, rassure ton beau-fils et ton mari en montrant que tu te fais du souci pas compassion / amour et essaye de te préserver et de préserver ton couple ! Courage !
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Re: Témoignage sur le fils de mon compagnon que je trouve différent des autres jeunes

le Sam 13 Juil - 11:06
Merci pour tes bons conseils & mots d'encouragement !
L’autre soir, vers une heure du matin, j’ai senti que mon compagnon voulait me dire quelque chose, & que ce n’était pas facile..
En fait, il a finalement contacté le coordonnateur pédagogique de la formation suivie par Paul cette année & a passé une heure a téléphone avec lui. Ce responsable avait demandé à Paul en début d'année s'il n'était pas sous médicaments, à cause de certaines difficultés de compréhension en cours & du ton de sa voix, & mon compagnon a soulevé la question de savoir s'il n'avait pas un comportement autiste par moments… En tout cas, ce qui est nouveau, c’est que mon compagnon a souligné le sérieux de ce coordonnateur qui est prêt à reprendre Paul en formation –il dit qu’il aurait dû être plus strict avec lui lorsqu’il y avait des retards en formation sans raison valable ou que son travail était trop superficiel. Mais la tutrice-maître-nageuse s’est montrée stricte avec son équipe & il est parti en claquant la porte.
Donc, son père est conscient que Paul n’a pas encore confronté ses difficultés. Il voudrait que Paul aille voir « quelqu’un » mais il dit qu’il n’a pas envie, & qu’à son âge, il ne peut pas le forcer. Il va discuter avec son fils de tout ça au mois d’août (consulter un spécialiste… reprendre sa formation ou travailler pour gagner en maturité ??).
De mon côté, je pense que c’est déjà bien que mon compagnon aborde le problème par lui-même en tant que père & avec moi, sa compagne, (sereinement ,en plus , et à son initiative !). Je vais lever le pied & espérer que les choses continuent à avancer par la suite. Bon été à toi et à ta famille !

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Re: Témoignage sur le fils de mon compagnon que je trouve différent des autres jeunes

le Mar 16 Juil - 10:54
Cooooool !! Bonnes nouvelles
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Re: Témoignage sur le fils de mon compagnon que je trouve différent des autres jeunes

le Sam 27 Juil - 12:54
déjà, une chose, votre compagnon et Paul ont beaucoup de chance de vous avoir, votre analyse me semble bonne et très compréhensible, le trouble d'asperger englobe deux de type de cas, les cas pathologies irréversibles et très invalidants, cela n'est pas votre cas, le deuxième est un ensemble de symptômes qui sont appelés asperger car ils démontrent des difficultés à la personnel et social, culturel, economique et autres.
Pour être franc, je suis aperger et je m'en fiche royalement de cette étiquette, par contre, je peux dire que la société est complexe et confus, rempli de mensonges et de fausses interprétations, ceux qui ont le plus de tord, c'est l'éducation nationale (beaucoup de prof incompétents et découragé ou cyniques) et les psychiatres (ceux qui m'ont accompagné boivent et un c'est suicidé)
Il faut rechercher toujours rechercher à développer des compétences sûrs et pratiques, des loisirs créatifs comme le chant, le dessin et par les qualités qu'ils développent, on peut renouer des liens sociaux, pratiquer un sport régulièrement, écrire un projet de livre, pour l'affectivité, il est nécessaire de laisser faire ses expériences et de ne rien dire, sur beaucoup de point, il est nécessaire d'être pudique, car le comportement va changer quand il pourra s'appuyer sur des compétences acquises par son travail, il doit comprendre le monde est difficile pour tous, il est nécessaire de connaître l'échec,
il n'y a rien d'inutile, un conseil, il doit toujours veiller à sa propreté car cela a été un tord pour moi, apprendre l'harmonie, lui montré le beau, montre que Pau peut exister, il va construire alors un autre cadre de référence,
Il faut être très critique contre nos institutions car dans la très grande majorité de cas, nous devons pas avoir des difficultés pour trouver notre place, mais nous sommes un pays qui vit dans un imaginaire d'ordre qui est très éloigné de la réalite, on critique TF1 et c'est la chaîne la plus écoutée,
je vous donne mon numéro de portable pour parler de moi, 06 14 73 28 05
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Re: Témoignage sur le fils de mon compagnon que je trouve différent des autres jeunes

le Sam 27 Juil - 12:59
Les études en France sont très injuste et sélectif, j'ai appris les maths tout seul et la physique niveau licence et je ne supporte les examens car les questions posées ne sont pas traitées en cours

Paul doit fixer deux objectifs faire des choses qui lui plaisent et faire des choses pour construire des relations sociales et des activités qui lui permettent d'acquérir des compétences et un travail, l'homme doit travailler pour avoir un revenu, mais il ne peut le faire que s'il est capable de travailler, sans argent , pas de solution,


Si j'étais à refaire, je serais parti travailler à l'âge de 16 ans et j'aurais appris les langues, des choses manuelles, et inventer des histoires, soigner mon images, .........
Je ne savais pas que je pouvais pas m'adapter à cette société qui est aussi destructrice pour les gens qui se croient normaux
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Re: Témoignage sur le fils de mon compagnon que je trouve différent des autres jeunes

le Mar 20 Aoû - 17:58
Bonjour Daniel

Je suis de retour de vacances (ayant fait une "détoxication" d'internet) et je prends enfin le temps de répondre à vos gentils messages. Merci beaucoup de votre témoignage & de votre cri de cœur car les gens que l'on côtoie ne sont pas toujours faciles à comprendre (ni les institutions, comme vous le dites bien). Mais vous avez raison de dire qu'il faut se fixer les objectifs pour essayer d'avancer.
Je vous remercie de votre numéro de téléphone mais je préfère communiquer pour le moment sur le forum par ce messagerie où l'on trouve aussi plein d'articles ou d'échanges vraiment intéressants.
Pour revenir à Paul, je crois qu'il est encore perdu, mais est-il un
Aspie ? Vous avez fait un diagnostique si j'ai bien compris, par contre.
Si je peux me permettre, Daniel, ne soyez pas trop dur avec vous-même et peut-être avec le monde qui nous entoure. Restez le plus positif possible. Le fait d'échanger sur ce forum avec vous et d'autres m'a donné du courage pour soutenir le père de Paul et résister à la tentation d'envoyer paître Paul, si je peux me permettre cette expression. lorsqu'il a un comportement bizarre ou fuyant.
Donc, bon courage à vous & merci encore une fois.
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Re: Témoignage sur le fils de mon compagnon que je trouve différent des autres jeunes

le Mar 20 Aoû - 17:59
PS Je voulais dire "désintoxication d'internet'. Pardon !
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Re: Témoignage sur le fils de mon compagnon que je trouve différent des autres jeunes

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